À Allada-Centre, dans le quartier Gbégamey, Constant A., 30 ans, a frôlé la mort cette nuit. À peine remis en liberté grâce à une mesure de grâce présidentielle, le trentenaire a été surpris en pleine tentative de vol d’une moto Haoujue 115. Pris sur le fait, il a été encerclé par des habitants excédés, prêts à se faire justice eux-mêmes. Il a fallu l’intervention rapide de la commissaire Faridath ADAM et de sa patrouille pour l’extraire de la foule et le placer en garde à vue au commissariat d’Allada-Centre, en attendant sa présentation au procureur de la République. Au-delà du fait divers, ce cas soulève une question de fond : à quoi sert la grâce si elle n’est pas suivie d’une véritable transformation morale ? La grâce présidentielle est un acte souverain de clémence. Elle repose sur l’idée de rédemption, de pardon et de réinsertion. Elle dit à celui qui a fauté que la société lui accorde une seconde chance. Mais lorsque cette seconde chance se solde, 48 heures plus tard, par une récidive, elle se retourne contre elle-même. Elle choque l’opinion, décourage les victimes et jette le discrédit sur tous les autres bénéficiaires qui, eux, choisissent de se reconstruire. Le problème n’est donc pas la grâce en elle-même, mais le vide qui suit la sortie de prison. Libérer sans évaluer le profil, sans préparer la sortie, sans encadrement social ni suivi, c’est prendre le risque de remettre dans la rue des personnes qui n’ont ni repères ni projet. C’est aussi exposer la population à la colère et à l’autodéfense, comme on l’a vu à Allada. L’urgence est donc double. D’abord, renforcer l’évaluation et le suivi post-pénitentiaire, à travers l’accompagnement à l’insertion, la sensibilisation et un encadrement adapté. Ensuite, rappeler à chaque bénéficiaire que la clémence de l’État constitue aussi une responsabilité morale. Elle n’efface pas la faute, mais offre l’opportunité de repartir sur de nouvelles bases. Le cas de Constant A. doit servir de signal d’alarme. Si l’on veut que la grâce reste un outil de paix sociale et non un facteur d’insécurité, il faut désormais l’assortir de garde-fous. Car une société juste est une société qui pardonne, mais qui veille aussi.
*Dynamisme Info*