Au Bénin, depuis la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle, la trêve politique est entrée en vigueur. Si la réforme apaise le débat public, elle étouffe déjà un secteur clé de la démocratie : la presse nationale. Pour les médias, la rubrique politique « faisait le chou gras ». Débats, analyses, tribunes, interviews : cette matière alimentait les unes, boostait l’audience et attirait les annonceurs. Aujourd’hui, la rubrique est sous menace d’arrêt. Le pouvoir de critique étant restreint par le législateur, les acteurs politiques, toutes obédiences confondues, opteront pour le silence par crainte de représailles. Résultat : plus de contenus politiques à mettre en quelque sorte au premier plan. Pas d’invités comme avant sur les plateaux et autres. La conséquence de cet état de choses est mécanique : chute brutale des recettes pour des entreprises de presse déjà fragilisées par la fiscalité et la précarité du modèle économique. Sans actualité politique, les recettes baisseront, l’audience s’effritera, des contrats publicitaires pourraient disparaitre. Or, les charges, elles, ne connaissent pas de trêve : salaires, impôts, loyers, impression, énergie ; tout restera à la charge des entreprises de presse. La presse « amputée d’un bras » éditorial, doit cependant continuer de fonctionner avec les mêmes obligations. Une équation intenable à laquelle il faut pallier. En réalité, sans mécanisme d’accompagnement, plusieurs organes risquent la cessation d’activité. Ce serait un coup dur pour le pluralisme, la liberté d’informer et l’emploi dans le secteur. Or, une démocratie sans presse diversifiée est une démocratie qui vacille. La trêve politique ne doit pas tuer la presse. Un fonds de compensation, des allègements fiscaux ou des subventions exceptionnelles s’imposent pour maintenir en vie les rédactions. Il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’une condition de survie pour un secteur essentiel à la démocratie. Les médias assurent l’essentiel : informer, éduquer, alerter. En période de trêve, les priver de ressources revient à priver les citoyens d’un droit fondamental : le droit à l’information. L’État, la HAAC et les partenaires sont ainsi interpellés. Sans compensation, la presse risque l’asphyxie. Et avec elle, c’est un pan entier de la démocratie qui s’effondre.
*Dynamisme Info