L’hypothèse d’une trêve politique consécutive à l’élection présidentielle et à l’entrée en fonction du prochain Président de la République soulève des interrogations majeures. Selon l’interprétation faite par certains acteurs et analystes, une disposition de la nouvelle Constitution entrerait alors en application, instituant une période de retenue politique visant à préserver la stabilité institutionnelle. Dans cette perspective, la trêve serait perçue comme une pause prolongée imposée surtout aux acteurs politiques critiques du pouvoir. L’espace de contradiction, pilier du pluralisme démocratique, s’en trouverait fortement réduit. Les prises de position publiques contestant les politiques gouvernementales deviendraient rares, soit par contrainte juridique, soit par autocensure. Une telle situation, si elle devait durer plusieurs années, modifierait en profondeur le fonctionnement du jeu politique et la dynamique du débat public. Or, les médias vivent en grande partie de la confrontation des idées, des controverses politiques, des débats partisans et des initiatives de l’opposition comme de la mouvance. Lorsque cette contradiction disparaît, l’information se referme sur elle-même. Même au sein de la majorité présidentielle, la communication devient plus verticale, plus institutionnelle, laissant peu de place à l’investigation, à la pluralité des points de vue et à la contradiction interne. L’actualité politique, qui structure l’agenda médiatique national, risque alors de s’appauvrir considérablement. Dès lors, une question centrale se pose. De quoi parleront les médias et de quoi vivront-ils ? Si l’actualité reste essentiellement politique mais privée de débats, de conflits d’idées et d’alternatives visibles, les médias verront leurs audiences chuter et leurs sources de revenus s’assécher, notamment dans un contexte où la publicité dépend fortement de la vitalité du débat public. Sans diversification rapide vers d’autres contenus et sans garanties réelles de liberté éditoriale, l’avenir s’annonce sombre pour les médias, pris au piège d’une trêve politique qui, au-delà de l’apaisement affiché, pourrait fragiliser durablement l’écosystème de l’information au Bénin.
*Dynamisme Info*